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Monographie


Dictionnaire / Encyclopédie


Collectif


Article


Revue / Périodique


Thèse

3. Possibilités manipulatoires de la sphère

      3.1. Vous pouvez la faire tourner dans tous les sens

      3.2. Vous pouvez la zoomer et la dézoomer

      3.3. Vous pouvez cliquer sur les mots-clés qu'elle présente





Nuage de mots-clés associé à : Animal
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    8
    NOTICES

    Liste des références bibliographiques indexées

    Monographie

    Deux leçons sur l’animal et l’homme

    Gilbert SIMONDON
    Éditeur : Ellipses - 2004


    Thèse

    Épistémologie historique de l’étude du comportement animal : Thèse de doctorat : Philosophie : Université de Bourgogne & Université de Montréal : 2009, sous la direction de François Duchesneau

    Jean-Sébastien BOLDUC
    Éditeur : - 2009


    Article

    The moral status of animals in the eighteenth century British philosophy

    Michael BRADIE

    Sous la direction de Michael RUSE, Jane MAIENSCHEIN
    Dans Biology and the Foundations of Ethics - 1999


    Monographie

    Jakob von Uexküll, explorateur des milieux vivants : Logique de la signification

    Hadrien GENS
    Éditeur : Hermann - 2014


    Monographie

    La Forme animale

    Adolf PORTMANN
    Éditeur : Éditions La Bibliothèque - 2013


    Monographie

    La Forme animale

    Adolf PORTMANN
    Éditeur : Payot - 1961


    Monographie

    Philosophie de l'insecte

    Jean-Marc DROUIN
    Éditeur : Seuil - 2014


    Monographie

    Les Degrés de l'organique et l'Homme : Introduction à l'anthropologie philosophique

    Helmuth PLESSNER
    Éditeur : Gallimard - 2017


    MONOGRAPHIE

    Deux leçons sur l’animal et l’homme

    • Pages : 92
    • Collection : Petite bibliothèque de philosophie
    •  
    • Support : Document imprimé
    • Edition : Original
    • Ville : Paris
    •  
    • ISBN : 2-7298-2180-5
    •  
    • Date de création : 04-01-2011
    • Dernière mise à jour : 21-10-2015

    Résumé :

    Français

    Gilbert Simondon soulève dans ces deux leçons (constituant l’introduction d’un cours annuel de psychologie à l’Université de Poitiers en 1963-1964) la question de la distinction entre l’homme et l’animal et des implications méthodologiques que cette distinction engendrent, notamment en psychologie : l’animal peut-il être l’objet de cette discipline ? Peut-on y étudier l’homme et l’animal selon les mêmes méthodes ? Il y a-t-il continuité ou différence essentielle entre l’homme et l’animal ? L’animal doit-il être pensé sur le modèle de l’homme ou l’homme sur le modèle de l’animal ? L’ensemble de ces questions est abordé sous la forme d’une enquête historique s’étalant de l’antiquité au XVIIe siècle, retraçant ainsi l’histoire des différentes conceptions de la vie animale et de la vie humaine. Cette histoire met efficacement en lumière la dialectique de l’histoire des idées ainsi que les enjeux psychologiques, éthiques, moraux et religieux d’une telle question. La position de l’A. lui-même se comprend selon la problématique qui lui est propre : il ne s’agit pas tant pour lui de distinguer l’homme de l’animal, mais de replacer l’être individuel selon trois niveaux (physique, vital, psychique et psycho-social). S’étalant sur ces trois niveaux, l’individu ne peut être assigné à une classe ou un genre spécifique : il n’y a ainsi pas de distinction d’essence puisqu’il n’y pas de différence essentielle. La philosophie de SImondon est “une ontologie des différences, de la différence comme relation” (Présent. J.-Y. Ch., p. 22). M.-M. V.

     

    THÈSE

    Épistémologie historique de l’étude du comportement animal

    Thèse de doctorat : Philosophie : Université de Bourgogne & Université de Montréal : 2009, sous la direction de François Duchesneau

    • Année : 2009
    • Pages : 380
    •  
    • Support : Document électronique
    • Ville : [s.l.]
    •  
    • URL : Lien externe
    •  
    • Date de création : 18-10-2012
    • Dernière mise à jour : 18-10-2012

    Résumé :

    Français

    Dans cette thèse, l'auteur entreprend d’explorer la notion de comportement animal telle que l’exprime une discipline contemporaine : l’écologie comportementale. Afin de procéder à l’examen d’une notion aussi complexe, positionnée dans un contexte étroit, l'A. développe et utilise un outil d’investigation : l’épistémologie historique. De façon générale, cet outil consiste à intégrer en une seule démarche les perspectives d’investigation diachronique et synchronique sur un même thème. Ainsi, pour procéder à l’examen de la notion de comportement animal, l'A. puise d’abord dans l’histoire récente de l’écologie comportementale. Il s'intéresse plus particulièrement à sa filiation avec l’éthologie classique. Après avoir reconstitué la trame historique qui unit les deux disciplines, il procède à leur comparaison. Cette seconde étape contribue à mettre en évidence plusieurs différences critiques dans la conception du comportement animal qu’endosse chacune des disciplines. Ces distinctions, en faisant ressortir la spécificité de l’écologie comportementale, le conduisent à s'intéresser à la notion de comportement animal à travers les approches principales que cette discipline mobilise. Enfin, l'A. élabore deux définitions de la notion de comportement animal. La première reflète le statut ontologique du comportement dans la discipline, alors que la seconde correspond à la conception qui se dégage de la pratique des écologues. – Bibliographie, pp. 349-380.

    Anglais

    In this inquiry the author undertake to explore the notion of animal behaviour as it is expounded in a contemporary field of inquiry: behavioural ecology. In order to carry out an analysis of such a complex notion, localized in a very narrow context, the A. designs and uses a specific tool of investigation called “historical epistemology”. Simply understood, this tool consists in the integration of diachronic and synchronic perspectives of investigation into a single approach to investigate a circumscribed theme. So, in order to proceed to the analysis of the notion of animal behaviour, the A. first draws into the recent history of behavioural ecology. He takes special interest in its filiation with classical ethology and, after having reconstructed the historical frame that links the two fields together, he proceeds to compare them. This comparison, the second step of his epistemology, is used to highlight the characteristics of the animal behaviour conceptions put forward by the two scientific disciplines. These distinctions, bringing to the fore the specificity of behavioural ecology, then allow him to scrutinize the notion of animal behaviour as it is instantiated in the main approaches mobilized by the discipline. Last, he designs two definitions of the notion of animal behaviour. The first one reflects the ontological status of the notion in this field of investigation, whereas the second corresponds to the conception underlying behavioural ecologist practices. – References, 349-380.

     

    ARTICLE

    The moral status of animals in the eighteenth century British philosophy

    • Pages : 32 à 51
    •  
    • Support : Print
    • Edition : Original
    •  
    •  
    • Date de création : 07-11-2014
    • Dernière mise à jour : 07-11-2014

    Mots-clés :

    Résumé :

     

    MONOGRAPHIE

    Jakob von Uexküll, explorateur des milieux vivants

    Logique de la signification

    • Pages : 188
    • Collection : Visions des sciences
    •  
    • Support : Document imprimé
    • Edition : Originale
    • Ville : Paris
    •  
    • ISBN : 978-2-7056-8858-5
    • URL : Lien externe
    •  
    • Date de création : 08-01-2015
    • Dernière mise à jour : 20-04-2021

    Résumé :

    Français

    L’ouvrage d’Hadrien Gens vient combler un vide qu’il fallait absolument opérer dans la littérature secondaire en langue française : l’absence d’une étude systématique sur la pensée scientifique, épistémologique et philosophique du baron Jakob von Uexküll (1864-1944). On pourrait appliquer à von Uexküll cette réponse qu’Hemingway fit à jour à un journaliste qui lui demandait ce qu’était un classique : «C’est un écrivain dont tout le monde parle et que personne ne lit». Tel est en effet le cas de von Uexküll, dont cette étude permet de comprendre l’importance gigantesque dans la pensée vitaliste du XXe siècle : une lecture attentive de cette monographie conduit à placer son importance pour la pensée philosophico-biologique à côté de celles de Frege et Husserl pour les pensées analytique et phénoménologique. Quel est le coup de maître de von Uexküll ? C’est d’avoir introduit la notion de sujet en biologie pour fonder celle-ci sur le concept de signification. Prolongeant les recherches du Kant de la première Critique par une naturalisation du transcendantal, von Uexküll a ouvert la voie à une pensée de l’espace comme milieu d’action du sujet vivant (Wirkwelt) et à une pensée du temps comme temps perceptif spécifique de ce sujet vivant (Merkwelt) en substituant au concept physique de champ neutre (Milieu) le concept d’Umwelt (qu’on pourrait traduire par milieu polarisé). Le concept d’Umwelt permet en effet d’intégrer un centre de subjectivation qui est orienté par une polarité centrifuge. La relation du sujet au milieu étant réciproque : le milieu déterminant la distribution locale des polarités ; les polarités conditionnant la tendance centrifuge du centre de subjectivation, qui est aussi le point d’irradiation d’un faisceau de comportements organismiques, qui en retour, induisent une détermination du milieu. Bref, cette composition entre organisme et milieu est une relation d’échange, une relation allagmatique aurait dit Simondon, qui est tout autant un débat qu’une négociation, c’est-à-dire un ajustement (Einpassung). Ainsi, à la causalité linéaire de la théorie des tropismes de Loeb et de l’arc réflexe des béhavioristes, Uexküll substitue une surdétermination réciproque de l’organisme et du milieu dans un circuit fonctionnel (Funktionskreis) qui relie la perception et l’action. La structuration du milieu (au sens d’Umwelt) produisant sa découpe comme territoire, c’est-à-dire sa création comme espace vital. La pensée des ajustements, étagée sur trois niveaux, forme ainsi ce qu’il faudrait nommer une organologie biologique articulée en une triple organologie des ajustements (physiologiques, éthologiques et écologiques) et organisée par un triple ordonnancement des plans (plans de constructions, plans de performances et plans de compositions), soit des systèmes de règles constitués par des connexions de facteurs qui permettent de penser une finalité immanente aux organismes, aux milieux et aux écosystèmes. Au concept de cause explicative, von Uexküll substitue celui de motif interprétatif, au concept d’adaptation, celui d’ajustement, ce qui permet de subvertir le modèle sélectionniste d’inspiration darwinienne : en effet c’est le vivant qui sélectionne son milieu et non l’inverse. L’impulsion déclenchant la perception chez le sujet vivant n’est donc pas le signal physique ou chimique, mais la signification mélodique, occasion d’une composition contrapuntique (par exemple entre la fleur et l’abeille) et principe d’actualisation du plan de formation (de l’abeille) comme morphogenèse ajustée dans sa relation allagmatique actuelle (à la fleur). Dès lors, le fondement de la morphogenèse apparaît comme biosémiotique. Or toute la puissance du paradigme biosémiotique lui vient de sa dimension technique ou technologique (von Uexküll parle d’ailleurs de technische Biologie) qui permet d’offrir un modèle plus puissant que celui du langage. En effet, étant non dichotomique, ce paradigme permet de penser sur le même plan le calcul et la signification et donne un fondement épistémologique à une unité de nature plus profonde (unité transductive de composition) que la dualité conventionnelle du langage instituée par la culture. La culture dichotomise arbitrairement le langage en langue artificielle et langue naturelle, conduisant ainsi à l’opposition fictive entre sciences de la nature et sciences de la culture, entre calcul formel et sémiose interprétative. Or l’unité du calcul et de la signification, c’est l’unité vitale, l’unité biosémiotique du signe et du sens, comme unité de base d’une opération allagmatique qui progresse dimensionnellement d’un ordre de grandeur vers un autre, dans une synthèse ouverte qui est ajustement perpétuel et résolution de problème incessante, c’est-à-dire symphonie cosmique. Cet ouvrage nous permet ainsi d’avoir accès aux sources primitives de la pensée vitaliste du XXe siècle et de reconstruire indubitablement la préhistoire souterraine de la pensée française pré-structuraliste, structuraliste et post-structuraliste, en retrouvant les sources austro-allemandes (von Uexküll, Goldstein, Weizsäcker, Lorenz) irriguant les œuvres de ses représentants les plus éminents (Canguilhem, Merleau-Ponty, Simondon, Deleuze et Foucault). – Introduction, pp. 7-14 ; Partie I : « La doctrine du milieu comme doctrine de la vie » ; Partie 2 : « Les excursions » ; Partie 3 : « Les compositions naturelles : du corps à l’habitat » ; Conclusion, pp. 173-174 ; Biographie, pp. 175-176 ; Bibliographie, pp. 177-182 ; Index des noms, pp. 183-185 ; Table des matières, pp. 187-188.

    F. F.

     

    MONOGRAPHIE

    La Forme animale

    • Pages : 295
    • Collection : L'Ombre animale
    •  
    • Support : Document imprimé
    • Edition : 2e édition française
    • Ville : Paris
    •  
    • ISBN : 978-2-909688-64-0
    •  
    • Date de création : 16-01-2017
    • Dernière mise à jour : 17-01-2017

    Résumé :

    Français

    La Forme animale (1948) « est né d'une grande joie » nous dit Philippe Nassif ; l'auteur, Adolf Portmann (1897-1982), se voyant atteindre grâce à l'accomplissement de cet ouvrage « une compréhension plus vaste » du monde animal. S'inscrivant dans la lignée des pionniers de l'éthologie moderne, Portmann se propose d'étudier dans ce livre le comportement animal. Avançant une conception de l’organisme résolument opposée au courant mécaniste, où l'apparence extérieure joue un rôle aussi essentiel que celui du développement des organes – tels le cœur ou le cerveau –, l'objectif de l'auteur est de dévoiler une vie intérieure chez l'animal, ceci à partir des formes extérieures qui le font être. La Forme animale, traduit pour la première fois en français en 1961 – traduction qui a été revue par Jacques Dewitte dans la présente édition –, apporte à cette entreprise une contribution décisive. Portmann élabore une morphologie comparée des vertébrés en se demandant quelle peut être la raison de cette abondance dans les formes et les couleurs proposées par les animaux. Le livre s'ouvre sur cette phrase, présentée comme le dogme contre lequel tout l'ouvrage entend s'attaquer : «une expérience ancestrale a amené l'homme à ne voir dans ce qui est visible autour de nous qu'un reflet trompeur, qui nous cache la véritable nature des choses». Le chapitre 1 répond tout de suite que « cette apparence extérieure ne sert pas seulement à la survie, mais (...) est spécifiquement faite pour les yeux spectateurs. » La thèse de l'auteur est que cette abondance témoigne d'une véritable expressivité du vivant en tant que ce dernier éprouve le besoin de se montrer, d’apparaître à soi-même et aux autres, relève Jacques Dewitte dans sa préface richement fournie. Cette abondance de formes et de couleurs ne peut pas s'expliquer d'après le schéma darwinien où la forme est comprise comme le résultat d'une adaptation à une situation propre. De même, on ne peut pas la réduire à une simple fonction, car il serait alors impossible d'expliquer cette variété dans les formes et les couleurs proposées : «quelques motifs récurrents auraient suffi en ce cas et la nature se serait ainsi montrée plus économe» déclarait Merleau-Ponty en commentant La Forme animale dans ses cours au Collège de France. Jacques Dewitte explique que Portmann veut montrer qu'au principe d’auto-conservation (Selbsterhaltung), il faut ajouter au vivant un autre mode d’existence, celui de l’auto-présentation (Selbstanstellung). En plus de chercher à se conserver, le vivant éprouverait le besoin existentiel de se présenter, et en ce sens il n'est pas faux de dire avec l'auteur que « paraître est une fonction vitale » (chapitre 4). Afin de préciser l'unité qui structure la forme et l'organisme vivant, et plus encore pour amener la notion de comportement chez l'animal, Portmann constate que le motif situé sur les ailes d'un papillon consiste dans la combinaison de la couleur et de la position des ailes. En conséquence, s'il veut exprimer sa « forme », le papillon doit réaliser un comportement propre qui la rendra manifeste. Portmann définit la « forme » (chapitre 3) comme étant le corps visible, l'apparence globale de l'animal, en la distinguant de la « structure » de l'organisme, qui correspond à l'unité de chaque membre particulier qui compose le vivant, visible ou invisible par ailleurs. Il précise au chapitre 2 que les espèces animales simples (inférieures dit-il en employant ce terme relativement au degré de développement de la forme de l'espèce étudiée) « sont transparentes comme du verre », donc parfaitement symétriques dans la mesure où « aucun intérieur n'est caché ». De là, on peut ouvrir à la lecture de Merleau-Ponty et comprendre le comportement animal comme étant la porte ouverte sur l'intériorité significative du vivant. « C'est l'intériorité qui se manifeste dans cette forme et ce comportement autonome » dit Portmann au chapitre 3. Ce dernier dégage alors dans le même chapitre une loi morphologique importante, celle de «l'opposition de l'extérieur et de l’intérieur» : la forme animale (ce qui est visible) est symétrique, alors que l'intérieur du corps (ce qui n'est pas visible) est asymétrique. En effet, on remarque que chez les vertébrés transparents, c'est-à-dire dont la totalité du corps est vue, les organes sont disposés de façon symétrique autour du tronc vertébral, et sont colorés voire parfois fluorescents pour certains poissons ; alors que chez les vertébrés non transparents, c'est-à-dire ceux dont les organes ne sont pas visibles, ces derniers sont disposés de façon asymétrique et ne sont pas colorés. Portmann illustre cette règle au moyen de deux exemples ayant fonctions d’arguments. Le premier est qu'effectivement, nos reins, rates et autres intestins n'ont pas de couleurs particulières une fois sortis de notre corps, et ne respectent aucune symétrie particulière. Le deuxième étant qu'il est parfaitement impossible pour un biologiste de distinguer les animaux à partir de leurs seuls squelettes ou bien de la forme de leurs organes, ces derniers se ressemblant beaucoup trop entre eux. Cette loi va permettre à l'auteur de reprendre le concept de cercle fonctionnel à la pensée d'Uexküll pour l'étendre à l’œil et à la chose vue (chapitre 6). En effet, le camouflage (Tarnung) fait figure de dialectique symbolique entre l'animal et son environnement, et c'est en ce sens que la coloration de l'animal, nous dit Portmann, doit être comprise comme étant un organe aussi essentiel à son existence que le sont le cœur et les poumons. Il parle d'«organe optique » au chapitre 11, d'«un instrument fait pour être regardé de diverses manières et capable de manifester un état intérieur». L'auteur se propose alors de penser la forme animale comme étant « faite pour être vue », comme étant une « joie pour les yeux ». Portmann se demande ensuite comment fonctionne cette expressivité que la forme animale dégage. Critiquant la pensée causale qui veut réduire la forme à une pure utilité pratique, Portmann propose de réaliser une sémiotique du vivant, c'est-à-dire d'étudier ce qui fait sens pour le vivant dans la forme animale. Celle-ci peut faire sens pour lui, puisqu'il la voit, et pour les autres animaux qui peuvent la voir. Il soutient au chapitre 8 que la forme possède un caractère sémiotique : elle transmet un signe. De là, il se penche sur le phénomène de la sexualité, prenant le contre-pieds de l'Origine des espèces et de l'étude que Darwin réalisa sur la sélection sexuelle dans The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex. Le constat de Portmann est que la surévaluation des spermatozoïdes et des ovules dans l'acte sexuel est une erreur. « On taxe d'inessentiel ce qui est donné aux sens et a lieu en surface, et on considère le caché, l'intérieur comme l'essentiel » écrit-il au chapitre 9. Or si l'on tient compte d’organes sexuels comme les testicules, «comment expliquer qu'un organe aussi nécessaire à la conservation de l'espèce soit ainsi exposé» se demande Portmann ? Portmann propose donc au chapitre 10 de comprendre la forme selon une autre valeur : la « valeur d'expression ». Chaque « valeur d’expression » est propre à chaque espèce. Il est alors inutile de vouloir apposer à certains animaux des significations particulières, propres à notre espèce. L'auteur nous dit au même chapitre que « la vie des animaux inférieurs est peu expressive et témoigne d'une expérience intérieure peu développée ». D'après lui, le seul moyen d’expression qui est inaccessible aux vertébrés supérieurs, c'est le langage des couleurs. Or on peut toutefois s'étonner, comme le souligne Dominique Lestel dans Les origines animales de la culture, que Portmann semble ignorer le rougissement, la pâleur, comme moyens d'expression. Cet ouvrage n'est pas seulement une bible pour la compréhension de l'animal, il propose aussi des pistes pour une réflexion phénoménologique sur la compréhension du monde. C'est sur un ton aux allures prophétiques, quelque peu désabusé par le chaos de la Seconde Guerre mondiale, aux accents politiques très marqués, que Portmann conclut son livre. Effectivement, l'auteur souhaite faire naître en l'homme le goût de l'observation, de la contemplation des formes de la nature. C'est en ce sens que ce livre majeur de la pensée contemporaine a inspiré Hannah Arendt, par les options proposées pour la formation d'un monde commun, et Merleau-Ponty, par la compréhension qu'il donne du vivant comme « spontanéité expressive ». – Table des matières, p. 5 ; Préface, pp. 7-23 ; Bibliographie, pp. 289-295 ; 118 figures : dessins de Sabine Bousani-Baur assistée de Mitsou Siebenmann-Stehelin ; Traduction de Georges Remy revue par Jacques Dewitte. G. H.

     

    MONOGRAPHIE

    La Forme animale

    • Année : 1961
    • Éditeur : Payot
    • Pages : 229
    •  
    • Support : Document imprimé
    • Edition : 1re édition française
    • Ville : Paris
    •  
    •  
    • Date de création : 16-01-2017
    • Dernière mise à jour : 16-01-2017

    MONOGRAPHIE

    Philosophie de l'insecte

    • Année : 2014
    • Éditeur : Seuil
    • Pages : 254
    • Collection : Science ouverte
    •  
    • Support : Document imprimé
    • Edition : Originale
    • Ville : Paris
    •  
    • ISBN : 978-2-02-111889-6
    • URL : Lien externe
    •  
    • Date de création : 06-11-2018
    • Dernière mise à jour : 07-11-2018

    Résumé :

    Français

    Véritable réussite didactique, l'ouvrage de Jean-Marc Drouin, Philosophie de l'insecte, conviendra aussi bien à l'entomologiste amateur qu'au naturaliste confirmé. Réussissant à allier clarté et précision, l'auteur, historien et philosophe des sciences, propose de réaliser l'archéologie du concept d'« insecte » tel qu'il a été construit par les sciences naturelles, mais également par les sciences humaines et sociales. Aussi justifie-t-il le choix du titre de son ouvrage : « la Philosophie de l'insecte n'est pas la philosophie des Insectes » (p. 11). Une philosophie de l'Insecte, avec la majuscule comme syncrétisme de tous les discours qui ont été produits sur les insectes, doit ouvrir l'Insecte au monde global (Welt) en tant qu'il est membre du règne vivant au même titre que tout autre animal, tout en s'assurant de tenir compte des singularités qui lui sont propres dans sa manière d'être-au-monde. En d'autres termes, il s'agira pour cette philosophie de questionner l'« Insecte » dans son amplitude propre à tendre vers l'existence. Dans un premier temps, l'auteur examine la façon dont la science, et les scientifiques (entomologistes, biologistes, éthologistes, sociobiologistes), ont élaboré le concept d'« Insecte », ceci en mettant au jour l'ensemble des biais épistémologiques et culturels sous-jacents à sa construction. Jean-Marc Drouin commence par s'intéresser à la classification du vivant à partir de laquelle ce que nous nommons « Insecte » nous est apparu. Cette classification n'a pas toujours été identique à ce qu'elle est aujourd’hui. Il est possible de dérouler la longue série d'évolutions qu'elle a connue au fil des siècles, et il est étonnant à ce titre de constater que sous la classe des Insectes figuraient autrefois des espèces qui n'y figurent plus de nos jours. C'est ce qui fait dire à l'auteur que le concept d'« Insecte » n'a jamais cessé de se resserrer, pour, au départ, inclure les Arthropodes comme ce fut le cas dans la classification de Linné, et pour, à présent, n'inclure que l'« animal à squelette externe, possédant une tête, un thorax et un abdomen, trois paires de pattes, deux paires d'ailes (éventuellement atrophiées ou disparues), une paires d'antennes » (p. 38). Ainsi peut-on constater que toute classification du vivant est arbitraire et dépend de l'époque sous laquelle elle a été pensée ainsi que du scientifique qui l'a établie. Certains naturalistes, comme Buffon ou Réaumur, ont privilégié les comportements déployés par les animaux à la classification anatomique telle que Linné l'avait élaborée. Selon Buffon, il est préférable de réunir des animaux dont les comportements se composent naturellement, comme c'est le cas pour le cheval et le chien, plutôt que de tenter vainement de regrouper des animaux à la morphologie similaire mais qui, néanmoins, ne partagent aucun espace commun, comme c'est le cas pour le cheval et le zèbre (p. 36). Dans l'histoire de la classification, le darwinisme fit date en raison du fait qu'il intégra un nouvel élément dans la perception que l'on se faisait alors du vivant. Pour Darwin, la classification du vivant n'est pas arbitraire car elle doit retranscrire la véritable généalogie de chaque espèce, ce qui la distingue d'un simple travail d'ordonnancement du vivant tributaire du scientifique qui l'effectue (p. 45). La classification n'est plus simplement anatomique, comme pouvait l'être celle d'Antoine-Laurent de Jussieu ou celle de Georges Cuvier, mais elle devient généalogique, introduisant alors les schèmes de la théorie de l'évolution dans la façon de classer le vivant. Aujourd'hui, ce travail de classification a subi une nouvelle révolution en mobilisant les apports de la phylogénie dans sa compréhension des espèces. Cette révolution a été rendue possible par deux innovations que sont, d'un côté, le cladisme, qui est une redéfinition du darwinisme à l'échelle de la phylogénie, et de l'autre le courant de la biologie moléculaire, qui a permis de découvrir et de justifier l'histoire phylogénétique du vivant (p. 46). Ensuite, après avoir passé en revue l'histoire de la classification des Insectes dans le règne vivant, l'auteur s'arrête sur le travail des entomologistes, et plus spécifiquement sur le vocabulaire utilisé pour décrire les comportements observés chez les Insectes. Il ressort du discours entomologique un anthropomorphisme évident, facilitant alors les usages de concepts tels que ceux de « guerre », de « société », de « métier », de « jeu », ou encore de « morale » pour caractériser des modes de vie Insectes (pp. 65-66). Ce détour par l'anthropomorphisme, précise toutefois l'auteur, n'est pas uniquement simplificateur à l'extrême et problématique pour la constitution d'une connaissance pleine et entière de son objet. Le discours anthropomorphique, s'il pêche par une interprétation déformée de la réalité, au moins a-t-il le mérite de rendre vivant le monde des Insectes, un monde qui a le tort de rester trop souvent fermé sur lui-même de par notre éloignement vis-à-vis de lui (p. 68). L'auteur ajoute qu'au problème de la classification du vivant s'adjoint une méconnaissance globale des Insectes, et c'est par ce point que Jean-Marc Drouin débute son ouvrage. La grande différence de taille qui nous sépare des insectes nous pousse fréquemment à idéaliser le mode d'existence de ces êtres qui nous demeurent parfois invisibles. Pour lutter contre ce penchant, on est souvent tenté, nous dit l'auteur, de ramener l'Insecte à une taille humaine, pour mieux vanter les performances de ce dernier. Cependant, cette réduction de l'Insecte à des proportions humaines ne fait pas sens, et ceci pour deux raisons. La première est qu'on oublie de prendre les conséquences de la taille des insectes lorsque nous parlons de leur performance. Or, à tailles différentes, les performances des animaux doivent être physiquement identiques, étant entendu que ce qui permet aux fourmis de porter de lourdes charges n'est pas une force exceptionnelle mais bien plutôt un poids réduit. L'auteur nous renvoie donc à un simple principe d'égalité, à savoir le fait qu'en doublant sa taille, un insecte multiplierait sa force par quatre mais son poids par huit (p. 18). En pesant plus lourd, sa force serait ainsi relativisée à sa taille globale, ce qui contraindrait les fourmis à réaliser les mêmes performances que les êtres vivants de cette taille, et à Jean-Marc Drouin de conclure qu'une sauterelle ayant notre taille ne sauterait pas pour autant plus haut que nous (p. 19). Il est essentiel de prendre en compte le changement d'échelle qui a lieu dans ces jeux de perspective, car si la taille, le poids ou la force sont modifiés, les proportions entre ces trois variables continuent d'être identiques. La deuxième raison qui fait de cette réduction de l'Insecte à l'Homme un non-sens, c'est que cette réduction empêche de comprendre que l'Insecte et l'Homme existent dans le même monde objectif (Welt), bien qu'ils possèdent tous deux des manières distinctes de s'y rapporter et des comportements particuliers pour l'habiter. De par son éloignement physique, nous avons tendance à penser l'Insecte dans une autre réalité que la nôtre. Or, refuser de penser l'Insecte dans notre monde, c'est refuser d'admettre qu'il est susceptible de se rapporter aux mêmes objets que nous. S'il est bien évident qu'il faut comprendre ce rapport aux choses comme existentiellement différent du nôtre (Umwelt), il n'empêche qu'il est nécessaire de penser le terreau ontologique originel au sein duquel nous prenons place et que les Insectes, au même titre que les Mammifères, habitent (p. 174). Cette méconnaissance du monde des Insectes se retrouve également dans le langage utilisé pour en parler. Contrairement aux Mammifères, par exemple, où il est d'usage de les désigner par l'espèce à laquelle ils appartiennent -on parle de chat, de lion ou encore de panthères et non de félins (Felidae)-, nous renvoyons habituellement les Insectes à leur famille et non à leur espèce, comme c'est le cas pour les Coccinelles (Coccinellidae), les Mouches (Muscidae), ou encore les Fourmis (Formicidae), ce qui accentue, cela va sans dire, notre éloignement vis-à-vis d'eux (p. 70). Un peu à la manière dont Derrida contestait l'usage généraliste du concept d'« animal », qu'il opposait au néologisme « animot » qu'il créa pour exprimer à la fois l'artifice du mot inventé par l'homme et le pluriel qu'il est supposé traduire, Jean-Marc Drouin souhaite dégager la diversité contenue sous le concept d'« Insecte ». Étymologiquement, insecte vient du latin insectum et du grec entomon qui désignent tous deux le fait d'être coupé. L'Insecte est donc historiquement désigné par une caractéristique physique, à savoir celle d'avoir la tête, le thorax et l'abdomen divisé en trois parties visiblement distinctes. Cette désignation morphologique permet d'expliquer la raison pour laquelle l'opinion commune a souvent pris pour habitude d'intégrer à la classe des Insectes des espèces qui n'y figurent pourtant pas, comme les Araignées ou les Scorpions. En effet, ceux-ci, appartenant à la classe des Arachnides, présentent également un corps visiblement segmenté (p. 34). Enfin, l'ouvrage se termine en ouvrant sur la dimension éthique que renferme le discours entomologique, et plus largement celui d'une science naturelle qui serait à l'écoute des interactions se produisant quotidiennement entre différents individus du règne vivant. Si Émile Blanchard proposa une lecture particulièrement anthropocentrée de l'entomologie en tant que savoir stratégique permettant de se prémunir des Insectes, les sciences naturelles peuvent également dégager les conditions de possibilité d'une politique de coexistence pacifique entre Insecte et Homme (chapitre 6). Cette diplomatie, pour reprendre les mots de Baptiste Morizot, est délicate à réaliser dans la mesure où certains Insectes sont transmetteurs de maladie, comme dans le cas du paludisme où la nature des relations entre Moustique et Homme est essentiellement agonistique. La mise en place d'une politique d'équilibre des biotopes entre Insecte et Homme passerait alors par un décentrement nécessaire de l'Homme dans le monde, ce qui le conduirait alors à le penser, lui, et non plus le Moustique, comme le vecteur de contamination, étant entendu que pour infecter l'Homme, un Moustique a besoin de piquer un corps déjà atteint par la maladie (pp. 134-135). Partant de cette perspective décentrée, Jean-Marc Drouin propose d'élaborer, pour qualifier nos interactions avec l'Insecte, un langage qui ne serait plus celui de la guerre. Pour ce faire, il dégage deux pistes qui, toutes deux, ont le bénéfice d'ouvrir le discours scientifique sur un vocabulaire apaisé. Citant Michel Serres, l'auteur nous dit qu'il serait bon de faire succéder au vieux contrat social mettant en scène un sujet rationnel en proie à des intérêts privés, un contrat naturel qui ferait alors appel à d'autres catégories que celles supposées par la « maîtrise et la possession », telles « l'écoute admirative, la réciprocité, la contemplation et le respect » (Le Contrat naturel, 1990, p. 67, cité par l'auteur p. 182). Retrouver la naïveté face à une nature qui s'est longtemps passée de nous et qui ne cessera pas d'être après notre mort, voilà ce que l'étude du monde mystérieux de l'Insecte permet de provoquer sur les consciences individuelles. Et à ce titre, l'ouvrage de Jean-Marc Drouin est une réussite en la matière, car de par son style clair et son exposé efficace, le lecteur ne peut que se sentir concerné par le sort secret des Insectes qui ne doivent pas être exclus de notre sphère de considération morale. – Introduction, pp. 7-12 ; Remerciement, p. 185 ; Notes, pp. 187-209 ; Bibliographie, pp. 211-240 ; Index, pp. 241-250, Table, p. 251. G. H.

     

    MONOGRAPHIE

    Les Degrés de l'organique et l'Homme

    Introduction à l'anthropologie philosophique

    • Pages : 541
    • Collection : Bibliothèque de philosophie
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    • Support : Document imprimé
    • Ville : Paris
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    • ISBN : 978-2-07-076378-8
    • URL : Lien externe
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    • Date de création : 22-01-2019
    • Dernière mise à jour : 22-01-2019

    Résumé :

    Français

    Paru en langue allemande en 1928, il aura fallu attendre 89 ans avant de pouvoir lire en français ce grand texte de philosophie anthropologique cristallisant les prémisses et les fondements de ce que sera la pensée du XXe siècle autour de la question du vivant. Écrivant au carrefour des sciences humaines et des sciences naturelles, Plessner s'inscrit dans la mouvance anthropologique qui eut pour objectif de penser le propre de l'homme sur un fondement biologique en tant qu'il est membre du règne vivant. Elle anima des auteurs comme Kant, Husserl et Heidegger en Allemagne ; Merleau-Ponty, Canguilhem, ou encore Sartre en France. Si Plessner cherche à connaître le propre de l'homme, il souhaite en premier lieu savoir ce qui marque la différence entre le vivant et le non-vivant. Chercher à connaître ce qui sépare le vivant de l'inanimé revient fatalement à mobiliser la biologie comme fondement de cette séparation. Aussi écrira-t-il que «sans philosophie de la nature, pas de philosophie de l’homme» (p. 98). Cette recherche du fondement naturel du propre de l'homme conduit logiquement à rapprocher l'existence humaine de l'existence végétale et animale. Ainsi, qu'est-ce qui différencie le vivant du non-vivant ? A Plessner de répondre : la positionnalité. La positionnalité est définie par Plessner comme étant le modal essentiel au vivant duquel découlent des formes particulières, c'est-à-dire comme ce à partir de quoi le vivant se singularise. Il semble donc pertinent, pour celui qui voudrait saisir les degrés de structuration du biologique par l'organique qui se font jour parmi le vivant, de repérer les différentes formes de positionnalité vivante. Plessner en dégage trois, ce qui semble être une récurrence de la philosophie anthropologique, Merleau-Ponty, Heidegger, et Aristote lui-même, ayant déjà divisé le règne vivant en trois strates plus ou moins dialectiques. Au végétal convient la forme « ouverte », à l'animal la forme « close », et à l'humain la forme « excentrique ». Dans le cas de la positionnalité «ouverte», le végétal ne vit pas activement sa positionnalité. Le végétal est entièrement ouvert sur son environnement, tant et si bien que son corps lui-même fait partie de son environnement. L'animal est concerné par la forme « close ». Il s'agit là d'un degré supérieur dans l'organisation de la structure du vivant, puisque l'animal, contrairement au végétal, n'est pas simplement un corps objectif (Körper), mais il est également dans un corps (Leib), ou, pour le dire avec Merleau-Ponty, il est son corps. C'est véritablement un être individuel qui agit - et non pas simplement ré-agit, comme le fait la plante - sur et avec son environnement. La relation au milieu animal est alors dialectique. Alors que le végétal en vient à ne posséder aucun point de vue sur son environnement par le fait de les posséder tous, l'animal adopte un point de vue clos sur le monde, sa positionnalité étant centrique ; l'animal constitue un monde à son image au centre duquel il agit (Umwelt). Enfin, la positionnalité de l'homme est dite « excentrique », c'est-à-dire que, contrairement à celle de l'animal, elle parvient à se désengager d'elle-même. Si la plante est entièrement ouverte sur son environnement, l'animal parvient à se retirer des impératifs environnementaux immédiats pour s'édifier un milieu propre au sein duquel il est en mesure de se conduire selon sa complexion propre. Mais malgré cette aptitude à se centrer sur lui-même, l'animal ne se vit pas comme un centre de décisions autonome. L'homme, au contraire, parvient à se vivre comme centre, et, par là même, il est capable de se dé-centrer de lui-même. L'homme est en mesure de penser sa condition, et cette réflexivité est marquée par un écart de soi par rapport à soi, par l'entremise du monde. Cela revient à dire que l'homme, et l'homme seul, est concerné par cette situation, est à la fois un corps objectif et un corps propre, quand l'animal n'est qu'un corps propre et le végétal, un corps objectif. La corporéité humaine est essentiellement équivoque vis-à-vis d'elle-même. Toujours incarné, l'homme tend à quitter son corps pour aller au-delà de lui lorsqu'il adopte une position « méta » sur son existence. Cette condition n'est pas ontologiquement distincte de celle de l'animal. Elle découle d'une structuration originale au même ancrage charnel, à ceci près que l'homme paraît être originairement destiné à s’excentrer vers les autres, ceci pour mieux se connaître ensuite. Pour le dire plus justement, la connaissance de soi étant dépendante de l'expérience des autres selon Plessner, l'excentricité est la condition nécessaire de la connaissance de soi. Achevant son ouvrage sur la question de l'homme, Plessner dégage finalement trois lois anthropologiques découlant de la positionnalité «excentrique» humaine. La première, la loi de « l'artificialité naturelle », souligne la connexion entre nature et culture présente chez l'homme (p. 468). Plessner écrit que l'homme est « par nature […] un être d'artifice » (p. 470). L'homme n'est ni un pur déterminisme organique, ni une pure contingence sociale ; il est à mi-chemin entre les deux, il est un corps objectif qui est toujours déjà socialisé. La deuxième loi, Plessner l'appelle la loi de « l'immédiateté médiatisée » (p. 484). Par là, il veut montrer le caractère dual du rapport entre l'homme et le monde. L'homme n'est jamais dans une relation univoque vis-à-vis du monde, il est toujours entraîné à se réifier au cours de ses échanges avec les autres ce qui l'amène à être spectateur de lui-même. Mais il est également rattaché au monde par une immédiateté existentielle, dans la mesure où c'est lui qui ouvre un champ de significations sur le monde par ses représentations, et où c'est lui qui est alors en mesure de réifier les autres. La troisième et dernière loi est celle du « lieu d'implantation utopique » (p. 509). Cette loi cherche à montrer l'absolu incertitude du lieu de vie humaine. Ne pouvant se réduire à sa dimension organique, l'existence humaine est un projet inexorable auquel la mort seule peut mettre fin. Vouloir rechercher le lieu d'où l'homme est originaire ne peut donc être qu'utopique, dans la mesure où, d'une part, l'homme n'en a pas encore fini avec son héritage naturel, ce dernier demeurant un animal parmi d'autres animaux ; et dans la mesure où d'autre part, il a déjà dépassé (aufheben) sa condition naturelle par une expressivité culturelle sans précédente.

    G. H.

     
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