Cet ouvrage est la traduction, condensée par certains aspects et complétée par d’autres, de l’ouvrage du même auteur paru en français en 2022 sous le titre Matière sociale. Esquisse d’une ontologie pour les sciences sociales (Paris, Hermann). Il se compose de dix chapitres, comportant chacun un résumé et une synthèse finale, ainsi qu’entre une dizaine et une vingtaine de références bibliographiques, essentiellement en langue anglaise.
Dans cet ouvrage, l’auteur propose une ontologie sociale, c’est-à-dire une définition des entités qui constituent la réalité sociale et de leurs relations. L’ouvrage est axé sur la sociologie bien que l’auteur fasse référence à l’histoire, à l’économie et à la psychologie. Il est de lecture aisée. Il convient bien à un lectorat d’étudiants de master ou de début de thèse en sociologie notamment car les différents éléments constitutifs de l’ontologie proposée sont définis simplement et illustrés par de nombreux exemples.
Le chapitre 1 donne le cadre de l’ouvrage et précise ses limites. L’objectif de l’auteur est de proposer une ontologie, à savoir l’étude d’un domaine particulier et de ses constituants, à l’aide d’un ensemble de catégories construites à cet effet. Cette ontologie se veut robuste, au sens où les catégories qu’elle mobilise doivent pouvoir s’appliquer à de nombreux terrains et questions de recherche. Dans ce chapitre, l’auteur propose également une typologie des phénomènes sociaux en fonction de leur durée et de leur « masse » (nombre de personnes impliquées).
Dans le chapitre 2, l’auteur définit les entités élémentaires de son ontologie : les personnes (êtres humains), les animaux et les entités non-personnes (éléments de la nature, objets techniques et éléments cognitifs). Une entité peut revêtir différents rôles pour une autre entité en fonction du type d’interaction à l’œuvre entre les deux. Elle peut avoir le rôle de partenaire, de ressource dite « instrumentale » ou de ressource de coordination (qui permet l’ajustement réciproque entre des personnes ou des collectifs). Quand le rôle d’une entité est celui de ressource, pris dans un sens générique, l’entité peut représenter une contrainte, un enjeu ou une ressource (au sens propre) pour d’autres entités. Les entités cognitives sont un type particulier de ressource.
Le chapitre 3 traite des activités et des processus, ces derniers étant une succession de séquences d’activités. L’auteur distingue différents régimes d’activités : régime de stabilité, entreprenant, exploratoire, émergent, de survie, de résignation. Il discute également de l’imprédictibilité des résultats des activités et des processus, et de leur irréversibilité. Au niveau du phénomène social, ceci peut aboutir à une reproduction, un changement graduel par accumulation ou une bifurcation.
Le chapitre 4 définit les relations entre entités, qui émergent de leurs interactions et prennent la forme de liens plus ou moins durables. Selon la définition de l’auteur, une relation est dyadique et implique une connaissance réciproque et un engagement dans la relation. Les relations peuvent être intégrées dans des entités plus larges que sont les collectifs. Une relation entre deux personnes implique des relations entre collectifs (relations de genres, de classes, de générations, etc.).
Dans le chapitre 5 sont définies les entités composées que sont les réseaux, les collectifs analytiques et les collectifs explicites, ainsi que les sphères d’activité. Un réseau est formé de partages de ressources entre des personnes deux à deux. Un collectif est un ensemble de personnes partageant des ressources. Il est analytique quand il est observé comme tel de l’extérieur ; il est explicite quand il est reconnu comme tel de l’intérieur. La structure sociale est faite de réseaux et de collectifs entremêlés, parfois associés par des relations dyadiques.
Dans les chapitres suivants, l’auteur aborde de grandes notions et questions des sciences sociales, en s’appuyant, plus ou moins selon les chapitres, sur son ontologie : la diversité des collectifs, dont les institutions, dans le chapitre 6, les notions de généralité et de causalité dans le chapitre 7, l’émergence des collectifs dans le chapitre 8, la spatialité des sociétés et le rôle de l’histoire dans le chapitre 9.
L’ouvrage se termine par le chapitre 10, qui revient sur l’ontologie et discute de son intérêt et de ses limites pour étudier les phénomènes sociaux.
C. T.
This is the—in places abridged, in places expanded—translation of the book by the same author published in French in 2022 as Matière sociale. Esquisse d’une ontologie pour les sciences sociales (Paris, Hermann). It comprises ten chapters each with its own abstract and final summary along with some ten to twenty references for the most part to the literature in English.
The author provides a social ontology, that is, a definition of the entities that make up social reality and the relations between them. The book focuses on sociology although reference is also made to history, economics and psychology. It is not a difficult read. It is eminently suitable for students on master’s courses or embarking on a PhD in sociology because the various components of the ontology are given straightforward definitions and are illustrated by plentiful examples.
Chapter 1 lays out the framework for the book and specifies its bounds. The author’s objective is to provide an ontology, that is, a study of a particular domain and its component parts, using a set of categories designed for the purpose. The ontology is intended to be robust, meaning that the categories employed must be applicable across a range of research fields and issues. The chapter also proposes a typology of social phenomena on the basis of their duration and their ‘mass’ (the number of people involved).
In Chapter 2 the author defines the elementary entities of his ontology: people (human beings), animals and non-human entities (elements of the natural world, technical items and cognitive elements). One entity may take on different roles for another entity depending on how the two interact. It may act as a partner, an ‘instrumental’ resource or a coordination resource (enabling mutual adjustment between people or collectives). When an entity acts as a resource, generically, it may be a constraint, an issue or a resource (literally) for other entities. Cognitive entities form a particular type of resource.
Chapter 3 deals with activities and processes, which are a series of activity sequences. The author distinguishes different activity regimes: stable, entrepreneurial, exploratory, emergency, survival, resignation. He also discusses how the outcomes of activities and processes are unpredictable and irreversible. As concerns the social phenomenon, this may lead to reproduction, gradual change through accumulation or bifurcation.
Chapter 4 defines relations between entities that emerge from their interactions and take the form of more or less lasting ties. By the author’s definition, a relation is dyadic and implies mutual knowledge and commitment to the relationship. Relations may be integrated within collectives that are broader entities. A relation between two people implies relations between collectives (relations of gender, class, generation, and so on).
In Chapter 5 compound entities such as networks, analytical collectives and explicit collectives are defined together with spheres of activity. A network is formed by resource sharing between people two by two. A collective is a set of people sharing resources. It is analytical when observed as such from the outside; it is explicit when recognized as such from the inside. The social structure is made up of intermingled networks and collectives, sometimes associated via dyadic relations.
The subsequent chapters draw on the ontology to varying degrees to address the big ideas and questions of the social sciences: the diversity of collectives, including institutions in Chapter 6, the ideas of generality and causality in Chapter 7, the emergence of collectives in Chapter 8, and the spatial aspects of societies and the role of history in Chapter 9.
Chapter 10 ends the book by reviewing the ontology and discussing its value and limitations for the study of social phenomena.
C. T.