M. A.
/>« Entre la pratique et la théorie de l’analogie l’écart est immense » (p. 9). Il est dû au primat d’une rationalité logique reposant sur les principes d’identité et de tiers exclu, qui non seulement n’est pas en mesure de rendre compte des opérations analogiques mais tend à les réprimer. Il s’agit donc d’interroger les raisons du refoulement de la rationalité analogique (perspective « archéologique ») et de déterminer les conditions de sa validité, en tant que type d’inférence et pratique herméneutique (perspective «critique»). L’analogie ne saurait être définie analytiquement ; il faut partir de ses usages. C’est l’objet de la première partie, « Topique : les lieux de l’analogie » (p. 32-309), en sept chapitres (« L’archéologie », «La théonymie», « Le langage », « Le discours », « La symptomatologie », « La proportion » et «L’inclusion»). Ceci établi, la seconde partie « Logistique : le calcul analogique » (p. 310-546), s’efforce de dégager la structure de l’inférence analogique, en sept chapitres également («L’exemplification et la preuve», « La symétrie », « La logique modale et l’analogie », « L’enthymème », « Les figures inductives », « Les figures hypothétiques », « Les figures rhétoriques »). La troisième partie « Herméneutique. L’interprétation analogique » (p. 547-810) considère l’analogie à l’aune de sa capacité à donner sens à l’expérience, toujours en sept chapitres (« La sympathie », « Les analogies de l’expérience », « La typologie », « La théorie des Idées », « La fonction de l’analogie », « La subjectivité de l’analogie », «Au-delà de l’analogie»).
L’ouvrage est
sans équivalent pour ce qui regarde la variété et l’ampleur des perspectives et
des ressources sur les opérations analogiques. Il est très technique, mobilise de
larges pans de l’histoire des sciences et de la philosophie (les dix auteurs
les plus cités sont, dans l’ordre décroissant : Aristote, Platon, Kant,
puis Descartes, Hegel, Carnap, Leibniz, Russel, Galilée et Freud) et dialogue
avec de nombreux contemporains (tels E. Bloch, H. Blumenberg, M. Foucault,
M. Heidegger, A. Koestler, K. Lewin, J. Piaget, P. Ricoeur
et W. O. Quine). Pour se faire une première idée des enjeux on
pourra, après l’« Introduction » (p. 9-29), commencer par le § 69,
qui résume « les principes qui règlent les deux pôles extrêmes de la
rationalité formelle ou “pure” : la logique et
l’analogie » : « tout ou rien » vs « gradation
continue » ; «contradiction exclusive» vs
« contradiction inclusive » ; « identité élémentaire »
vs « identité fonctionnelle» ; «extensionalité» vs
« intensionalité » ; « extensivité » vs
« intensivité » ; « discrétion » vs
«continuité» ; «finitude » vs
« infinitude » (p. 374-375). Ces oppositions ne sont pas
dichotomiques (contradictoires) mais polaires (contraires): entre les
pôles opposés se distribuent toutes les positions possibles, de sorte
que l'on peut passer de l'un à l'autre par degré. L’analogie est la voie
pour surmonter le
« chiasme ontologique » en quoi s’enferre une rationalité
exclusivement logique : l’univocité logique s’acquiert au prix de
l’équivocité ontologique (nominalisme), l’univocité ontologique, au prix
de
l’équivocité logique (réalisme). « La thèse intermédiaire – celle de l’analogia entis – (…) est la thèse
générale du présent travail » (p. 352). Elle ne se limite pas à la
figure que lui a donné la métaphysique scolastique mais se retrouve sous
diverses formes dans les « réalismes “critiques” » – c’est-à-dire
aussi «“en crise”» (p. 352). Actualiser l’analogia entis,
c’est notamment signifier que la raison analogique
ne se limite pas à l’établissement d’isomorphismes, qu’ils soient
structurels
ou fonctionnels (p. 685), mais se déploie dans ce que la tradition a
nommé
analogie d’attribution et donc dans des rapports de participation (p.
16, 655).
La théorie platonicienne des idées, «formulée de manière critique»,
devient la «méta-théorie» (p. 658) des efforts pour surmonter
(analogiquement) les dualismes de la logique et de l’expérience, de la
forme et
du contenu. - Archeologia di un'archeologia (par Giorgio Agamben), p. IX
; Avertissement (de l'éditeur), p. XXXVII ; Préface (de l'auteur), p. 3
; Appendice (par Stefano Besoli et Roberto Brigati)
, p. 811 ; Bibliographie des écrits de Enzo Melandri, p. 841 ; Index des
noms, p. 861.
M. A.
« Entre la pratique et la théorie de l’analogie l’écart est immense » (p. 9). Il est dû au primat d’une rationalité logique reposant sur les principes d’identité et de tiers exclu, qui non seulement n’est pas en mesure de rendre compte des opérations analogiques mais tend à les réprimer. Il s’agit donc d’interroger les raisons du refoulement de la rationalité analogique (perspective « archéologique ») et de déterminer les conditions de sa validité, en tant que type d’inférence et pratique herméneutique (perspective «critique»). L’analogie ne saurait être définie analytiquement ; il faut partir de ses usages. C’est l’objet de la première partie, « Topique : les lieux de l’analogie » (p. 32-309), en sept chapitres (« L’archéologie », «La théonymie», « Le langage », « Le discours », « La symptomatologie », « La proportion » et «L’inclusion»). Ceci établi, la seconde partie « Logistique : le calcul analogique » (p. 310-546), s’efforce de dégager la structure de l’inférence analogique, en sept chapitres également («L’exemplification et la preuve», « La symétrie », « La logique modale et l’analogie », « L’enthymème », « Les figures inductives », « Les figures hypothétiques », « Les figures rhétoriques »). La troisième partie « Herméneutique. L’interprétation analogique » (p. 547-810) considère l’analogie à l’aune de sa capacité à donner sens à l’expérience, toujours en sept chapitres (« La sympathie », « Les analogies de l’expérience », « La typologie », « La théorie des Idées », « La fonction de l’analogie », « La subjectivité de l’analogie », «Au-delà de l’analogie»).
L’ouvrage est
sans équivalent pour ce qui regarde la variété et l’ampleur des perspectives et
des ressources sur les opérations analogiques. Il est très technique, mobilise de
larges pans de l’histoire des sciences et de la philosophie (les dix auteurs
les plus cités sont, dans l’ordre décroissant : Aristote, Platon, Kant,
puis Descartes, Hegel, Carnap, Leibniz, Russel, Galilée et Freud) et dialogue
avec de nombreux contemporains (tels E. Bloch, H. Blumenberg, M. Foucault,
M. Heidegger, A. Koestler, K. Lewin, J. Piaget, P. Ricoeur
et W. O. Quine). Pour se faire une première idée des enjeux on
pourra, après l’« Introduction » (p. 9-29), commencer par le § 69,
qui résume « les principes qui règlent les deux pôles extrêmes de la
rationalité formelle ou “pure” : la logique et
l’analogie » : « tout ou rien » vs « gradation
continue » ; «contradiction exclusive» vs
« contradiction inclusive » ; « identité élémentaire »
vs « identité fonctionnelle» ; «extensionalité» vs
« intensionalité » ; « extensivité » vs
« intensivité » ; « discrétion » vs
«continuité» ; «finitude » vs
« infinitude » (p. 374-375). Ces oppositions ne sont pas
dichotomiques (contradictoires) mais polaires (contraires): entre les
pôles opposés se distribuent toutes les positions possibles, de sorte
que l'on peut passer de l'un à l'autre par degré. L’analogie est la voie
pour surmonter le
« chiasme ontologique » en quoi s’enferre une rationalité
exclusivement logique : l’univocité logique s’acquiert au prix de
l’équivocité ontologique (nominalisme), l’univocité ontologique, au prix
de
l’équivocité logique (réalisme). « La thèse intermédiaire – celle de l’analogia entis – (…) est la thèse
générale du présent travail » (p. 352). Elle ne se limite pas à la
figure que lui a donné la métaphysique scolastique mais se retrouve sous
diverses formes dans les « réalismes “critiques” » – c’est-à-dire
aussi «“en crise”» (p. 352). Actualiser l’analogia entis,
c’est notamment signifier que la raison analogique
ne se limite pas à l’établissement d’isomorphismes, qu’ils soient
structurels
ou fonctionnels (p. 685), mais se déploie dans ce que la tradition a
nommé
analogie d’attribution et donc dans des rapports de participation (p.
16, 655).
La théorie platonicienne des idées, «formulée de manière critique»,
devient la «méta-théorie» (p. 658) des efforts pour surmonter
(analogiquement) les dualismes de la logique et de l’expérience, de la
forme et
du contenu. - Archeologia di un'archeologia (par Giorgio Agamben), p. IX
; Avertissement (de l'éditeur), p. XXXVII ; Préface (de l'auteur), p. 3
; Appendice (par Stefano Besoli et Roberto Brigati)
, p. 811 ; Bibliographie des écrits de Enzo Melandri, p. 841 ; Index des
noms, p. 861.
M. A.