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MONOGRAPHIE

Cassirer. Du transcendantal au sémiotique

  • Année : 2016
  • Éditeur : Vrin
  • Pages : 242
  • Collection : Mathesis
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  • Support : Document imprimé
  • Edition : Originale
  • Ville : Paris
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  • ISBN : 978-2-7116-2690-8
  • URL : Lien externe
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  • Date de création : 12-01-2017
  • Dernière mise à jour : 26-04-2022

Résumé :

Français

Ernst Cassirer (1874-1945) est traditionnellement considéré comme l’un des principaux représentants de l’École de Marbourg, qui, à partir des années 1870, entreprit une rénovation de la problématique kantienne des conditions de possibilité de la connaissance en tenant compte des bouleversements scientifiques du XIXe siècle. Pourtant, à y regarder de plus près, le parcours intellectuel de Cassirer témoigne d’une émancipation progressive à l’égard du néo-kantisme de ses maîtres (Hermann Cohen et Paul Natorp) — émancipation qui aboutira à l’édification d’une philosophie originale de la culture et du symbolique, dont l’apport fût longtemps mal cerné en France. Dans ce livre, Jean Lassègue entend remédier à une carence toujours d’actualité en montrant l’intérêt à la fois historique et contemporain de la philosophie cassirérienne à partir de l’étude de son évolution interne. La première partie (« Épistémologie ») s’intéresse au contexte philosophique et scientifique de l’émergence de cette pensée. Initialement épistémologue des sciences exactes, Cassirer est très tôt confronté à la situation inédite de leur bouleversement interne radical. La pluralisation des géométries introduite par Felix Klein et ses conséquences dans l’élaboration de la relativité einsteinienne - entre autres - forcent à reconnaître la possibilité d’une pluralité de modes d’objectivation de la réalité au sein même de la science, et ébranlent du même coup le système philosophique de la Critique de la raison pure fondé sur l’évidence univoque de l’intuition euclidienne de l’espace. Si les sciences de la nature admettent désormais l’égale validité de systèmes radicalement différents voire opposés dans leurs conclusions, il faut accepter que la raison ne puisse plus se définir par son unité. Dès lors, la connaissance scientifique ne peut plus jouer le rôle de modèle absolu de l’objectivité comme elle le faisait dans le kantisme (aussi bien dans sa version originale que dans celle, remaniée, de Marbourg) car elle se révèle inapte à constituer une théorie unitaire. Cassirer, prenant acte de cette inquiétante plurivocité, y voit la nécessité pour la philosophie transcendantale de dépasser son point de vue strictement épistémologique. Tirant les conséquences philosophiques de la révolution scientifique, il généralise donc sa problématique critique aux formes non-scientifiques d’objectivation de la réalité telles que le mythe, la religion, le langage, l’art, ou le droit. Il faut dorénavant, pour comprendre les conditions de leur possibilité et leur logique interne, étudier ces formes pour elles-mêmes, sans les rapporter à un quelconque paradigme du savoir auxquelles elles tendraient toutes en dernière instance. Cassirer opère donc un dépassement de l’épistémologie au nom de l’épistémologie, qui modifie profondément la conception de l’organisation disciplinaire du savoir, en particulier de la coupure apparue au XIXe siècle entre sciences exactes, sciences de la nature et sciences humaines et sociales. Il entreprend cette refonte (ou généralisation) de l’approche transcendantale à partir de deux concepts fondamentaux : la distinction entre substance et fonction, d’une part, et la «forme symbolique», de l’autre. La première se présente encore comme un outil proprement épistémologique permettant de caractériser en particulier l’évolution des sciences de la nature : celles-ci, dans leur origine grecque, ont d’abord considéré leurs objets comme existant réellement dans une nature externe, indépendamment de l’activité cognitive d’un sujet. Or, l’époque moderne met fin à ce réalisme « naïf » en concevant l’objectivité comme un système d’éléments idéaux dont les rapports sont sujets à interprétation (la mise en forme algébrique étant l’une des interprétations possibles). On peut donc lire la rupture scientifique de l’époque moderne comme celle qui marquerait le passage d’un point de vue substantialiste à un point de vue fonctionnel. Le concept de «forme symbolique», objet de la seconde partie de l’ouvrage (« Sémiotique »), dépasse quant à lui le cadre de l’épistémologie. C’est par son intermédiaire que Cassirer parvient à penser l’élément commun (ou plutôt la fonction commune) qui sous-tend la pluralité des manières qu’a l’homme d’objectiver le réel. En effet, toute construction de sens semble bien mettre en oeuvre une fonction symbolique que l’on peut définir comme la synthèse entre une dimension sensible et une dimension intelligible : le donné de l’expérience est toujours appréhendé par la médiation d’un symbole, lequel est un signe sensible concret auquel on adjoint un contenu de signification intelligible intrinsèquement adapté, combinant ainsi un élément empirique et une forme d’imagination créatrice. La redéfinition des pratiques signifiantes en « formes symboliques » nous fait donc parvenir à la notion de culture entendue comme déploiement dynamique de ces formes par l’intermédiaire de symboles. Ceux-ci, en tant que matériaux publics et sujets à interprétation, amènent à déplacer le cadre de l’analyse des conditions de possibilité du savoir du sujet transcendantal aux processus culturels intersubjectifs qui en sont la source, et finalement à redéfinir l’«animal rationale» en « animal symbolicum». C’est donc bien à un mouvement qui part d’une interrogation de type épistémologique sur le statut du transcendantal, s’élargissant progressivement en une réflexion sémiotique sur la culture, que l’on assiste dans l’œuvre de Cassirer. — Introduction, pp. 7-13 ; Partie I : « Épistémologie » (chapitres 1 et 2) ; Partie II : « Sémiotique » (chapitres 3 à 5) ; Conclusion, pp. 225-229 ; Bibliographie, pp. 231-234 ; Index des notions, pp. 235-237 ; Table des matières, pp. 239-242.

F. V.

 

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Dernière mise à jour : Dimanche 27 novembre 2022